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Quand le regard des autres devient une deuxième douleur


Lorsqu’un adolescent se scarifie ou traverse une grande souffrance psychique, les parents sont bien sûr bouleversés par la douleur de leur enfant. Mais il existe une autre souffrance, plus silencieuse, dont on parle très peu : celle du regard des autres.

Peu à peu, beaucoup de familles découvrent que la souffrance psychique continue encore aujourd’hui à faire peur, à déranger, parfois même à éloigner.

Il faut continuer à vivre malgré tout. Sortir, travailler, prendre le métro, aller dans les magasins, accompagner son adolescent chez le médecin, à la piscine parfois, ou simplement acheter des vêtements. Et dans ces moments-là, certaines familles apprennent à redouter les regards qui s’attardent sur les cicatrices, les bras couverts même en plein été, ou les questions maladroites dans une cabine d’essayage.

Beaucoup de parents parlent aussi d’un profond sentiment de honte. Non pas une honte de leur enfant, jamais. Mais une honte sociale, diffuse, difficile à expliquer, qui naît du regard des autres et du silence qui entoure encore les troubles psychiques et les scarifications.

Pourtant, lorsqu’un enfant souffre d’une maladie physique ou d’un handicap, les parents ne portent pas ce même poids du regard social. Personne n’imagine qu’une souffrance psychique soit “contagieuse”. Et pourtant, face aux scarifications ou aux troubles psychiques, certaines familles ont parfois le sentiment que leur enfant devient celui dont on préfère éloigner les autres enfants.

C’est une douleur immense pour les parents. Au-delà de la souffrance de voir son enfant aller mal, il y a celle de le voir parfois mis à l’écart, incompris, évité ou réduit à ses difficultés.

Autour d’eux, les réactions sont souvent maladroites. Certains minimisent : “c’est une phase”, “ça passera”. D’autres dramatisent immédiatement. Beaucoup ne savent simplement pas quoi dire et finissent par s’éloigner. Certaines familles se retrouvent alors très seules, avec l’impression de devoir porter en silence quelque chose que les autres ne veulent pas voir.

Et pourtant, les scarifications ne définissent pas un adolescent. Elles disent avant tout une souffrance, un mal-être, une difficulté à faire face autrement à des émotions devenues trop envahissantes. Derrière ces gestes, il y a le plus souvent un jeune qui souffre profondément, pas un adolescent “dangereux”, “toxique” ou “à éviter”.

Les parents aussi ont besoin qu’on regarde leur enfant autrement que par le prisme de ses blessures. Ils ont besoin de sentir qu’ils peuvent encore appartenir au monde des autres familles, sans honte, sans peur du jugement, sans avoir à cacher ce qu’ils traversent.

Parce qu’aucune famille ne devrait avoir à vivre cela dans l’isolement.

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