Il y a quelques jours, j’ai suivi une formation de deux jours aux Premiers Secours en Santé Mentale Jeunes.
Cette formation s’adresse avant tout aux personnes qui côtoient régulièrement des jeunes et qui peuvent être amenées à repérer chez eux une situation de souffrance psychique.
Ce n’est pas exactement ma place aujourd’hui puisque, dans mon activité de coach parentale, ce sont les parents que j’accompagne.
Et pourtant, ces deux journées ont beaucoup résonné en moi.
Elles m’ont permis de me recentrer sur ce qui m’avait donné envie, au départ, d’accompagner plus particulièrement les parents d’adolescents en grande détresse.
Parce que forcément, cette formation m’a aussi ramenée quelques années en arrière. Elle m’a fait penser à ma fille, à ce que nous avons traversé et à cette immense solitude que nous avons vécue pendant toutes ces années.
Quand son enfant va très mal, on cherche des réponses. On veut comprendre. On veut aider. On voudrait trouver les bons mots, les bonnes personnes, prendre les bonnes décisions. Et bien souvent, on ne sait tout simplement pas quoi faire ni vers qui se tourner.
Les parents ne devraient jamais avoir à vivre cela seuls.
AERER : quelques repères lorsqu’un jeune va mal
Parmi tout ce que je retiens de ces deux journées, il y a un plan d’action que j’ai trouvé particulièrement intéressant : AERER.
Cinq lettres qui donnent des repères simples pour accompagner une personne en souffrance psychique.
A comme Approcher, évaluer et intervenir en cas de crise
La première chose est d’oser aller vers la personne qui semble en difficulté.
La façon de le faire a son importance. Se mettre à son niveau, éviter un face-à-face trop frontal, rester calme, rassurer…
Des choses qui peuvent paraître simples et qui le sont beaucoup moins lorsque l’on est soi-même inquiet ou bouleversé par ce que vit son enfant.
Il s’agit également d’essayer d’évaluer la situation et de savoir reconnaître une situation de crise.
Une crise est une situation d’urgence. Dans ce cas, il ne faut jamais laisser le jeune seul. Il est essentiel de rester auprès de lui et de l’accompagner tout au long de la crise, jusqu’à ce qu’une aide adaptée puisse prendre le relais.
E comme Écouter
C’est sans doute l’un des points qui m’a le plus parlé.
L’écoute et l’empathie sont essentielles lorsqu’une personne est en grande souffrance psychique.
Avant qu’on lui propose des solutions, elle a besoin d’être entendue.
Et quand on est parent, ce n’est pas toujours facile.
Notre premier réflexe est souvent de vouloir trouver une solution, rassurer, conseiller, réparer. C’est notre enfant qui souffre et nous voudrions tellement pouvoir faire quelque chose pour que cela s’arrête.
Pourtant, parfois, la première chose à faire est simplement d’écouter. Une écoute active, sans jugement, qui laisse à l’autre la possibilité de dire ce qu’il ressent.
R comme Réconforter
Réconforter ne signifie pas nier ou minimiser ce que vit le jeune.
Il ne s’agit pas de lui dire que « ce n’est pas si grave » ou que « ça va passer ».
Réconforter, c’est aussi lui redonner de l’espoir. Lui faire comprendre qu’un rétablissement est possible, même si, à ce moment-là, lui n’arrive plus forcément à l’imaginer.
On peut reconnaître pleinement la souffrance tout en continuant à croire qu’un mieux est possible.
E comme Encourager à aller vers des professionnels
Un secouriste en santé mentale n’a pas pour mission de poser un diagnostic.
Son rôle est d’accompagner et d’orienter.
On peut donc encourager un jeune à rencontrer un professionnel de santé, lui en parler, lui proposer de l’accompagner dans cette démarche.
Mais proposer n’est pas imposer.
En dehors bien sûr d’une situation nécessitant une intervention urgente, il est important que le jeune puisse lui aussi s’approprier cette démarche et devenir acteur de la recherche d’aide.
Pour un parent, c’est parfois très difficile. Lorsque l’on voit son enfant souffrir, on voudrait que les choses se mettent en place immédiatement.
Accompagner peut aussi signifier proposer, laisser cheminer et rester présent.
R comme Renseigner sur les ressources disponibles
Pendant ces deux journées, nous avons également beaucoup parlé des différentes ressources qui existent.
J’en retiens qu’il ne faut pas hésiter à les proposer aux jeunes en difficulté.
Peut-être ne les utiliseront-ils pas immédiatement. Peut-être même ne les utiliseront-ils jamais.
Mais avoir un numéro, une adresse ou le nom d’une structure à disposition leur donne aussi la possibilité de faire eux-mêmes une démarche lorsqu’ils se sentiront prêts.
C’est une façon de leur permettre de reprendre une part de contrôle sur ce qu’ils vivent.
Être là sans avoir toutes les réponses
C’est peut-être finalement ce que je retiens le plus de cette formation.
Aider quelqu’un qui souffre ne signifie pas nécessairement avoir les bonnes réponses.
C’est parfois aller vers lui. Écouter vraiment. Accueillir sa parole sans jugement. Lui redonner de l’espoir. Et l’aider à trouver les personnes qui pourront prendre le relais.
Ces deux journées m’ont apporté de nouveaux outils, mais elles m’ont surtout rappelé pourquoi l’accompagnement des parents d’adolescents en grande détresse me tient autant à cœur.
Je sais ce que c’est que de chercher des réponses lorsque son enfant va mal.
Je sais aussi ce que peut être la solitude d’un parent dans ces moments-là.
On ne peut pas enlever à un parent la douleur de voir son enfant souffrir.
Mais on peut faire en sorte qu’il ne soit pas seul pour la traverser.